L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE EN SANTÉ, ENTRE FANTASMES ET RÉALITÉ

L’intelligence artificielle fait peur. Pourtant, loin des clichés, elle révolutionne le monde de la santé.

Une enfant joue sagement dans la cour de récréation. Un ami lui montre une vidéo sanglante. Tout à coup, sa vision se brouille : ses propres yeux censurent le contenu jugé trop violent pour elle. La raison ? Dans son cerveau a été implantée une puce cérébrale avec un contrôle parental. Sa mère peut contrôler tous ses faits et gestes à distance. C’est l’histoire que raconte l’épisode Arkangel (2017) de la série Black Mirror, qui envisage, sous la forme d’une satire, les conséquences possibles des nouvelles technologies dans un futur proche. Dans les films et les séries, l’intelligence artificielle (IA) est souvent représentée de manière dystopique. Méconnue du public, l’IA, cet « ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence » (Larousse), alimente de nombreux fantasmes. Les craintes liées à l’intelligence artificielle sont nombreuses. En voici deux.

L’IA pourrait contrôler nos cerveaux

 

Aujourd’hui, ce n’est que pure fiction. Pour autant, des experts s’inquiètent de l’essor annoncé des interfaces cerveau-machine. L’entrepreneur Elon Musk compte par exemple élaborer des puces implantables dans le cerveau pour contrôler directement smartphones et autres appareils électroniques. Ce projet représenterait un réel « suicide pour l’esprit humain », craint Susan Schneider, psychologue spécialisée dans les sciences cognitives sur le site pourquoidocteur.fr : « Le risque lors d’une fusion générale de l’IA avec notre cerveau […] est que le cerveau humain soit diminué, voire détruit. » Mais pour l’instant, contrôler nos cerveaux reste irréalisable. Le projet Arkangel reste donc bien au chaud dans les serveurs de Netflix…

Le secret médical sera violé

Le week-end du 16 et 17 novembre 2019, une attaque informatique a gravement perturbé le fonctionnement du CHU de Rouen. Le procédé des hackers ? Chiffrer les fichiers des patients pour les rendre inaccessibles puis exiger une rançon pour les débloquer. Avec l’essor de l’IA et de bases de données, il existe effectivement des risques de fuites de données, comme dans tout système informatique. Mais les lois ne cessent de s’adapter à l’ère digitale pour mieux protéger les utilisateurs. Ainsi, la protection des données personnelles est de plus en plus encadrée. Comme au travers du règlement général sur la protection des données (RGPD), adopté en 2018 par l’Union européenne, qui vise à protéger nos données en imposant aux entreprises et aux organisations des mesures spécifiques. De plus, en France, les données de santé ne sont accessibles aux chercheurs qu’après avoir été rendues anonymes, et uniquement dans le cadre de projets autorisés. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) protège la vie privée et les libertés individuelles ou publiques, et veille au respect de la loi informatique et libertés.

La santé est sans doute le domaine dans lequel l’intelligence artificielle suscite les craintes les plus vives, mais aussi les plus grands espoirs. Elle connaît des progrès époustouflants. Les applications potentielles sont nombreuses. Par exemple : la construction de prothèses et d’autres dispositifs médicaux à l’aide d’imprimantes 3D, la chirurgie robotique, l’aide au diagnostic en croisant les données médicales du patient… L’IA en santé permet, grâce à l’analyse des bases de données, de développer une approche prédictive : diagnostiquer plus précocement les pathologies, au tout début voire avant même leur survenue. Début 2020, Google a par exemple mis au point une intelligence artificielle capable de mieux repérer les lésions cancéreuses que les radiologues sur les mammographies. Agir plus en amont permettrait de mieux soigner tout en réduisant les coûts médicaux.

Il y a donc énormément d’opportunités à saisir, sans négliger que la santé n’est pas un domaine comme les autres : la diffusion du numérique dans ce secteur doit s’appréhender avec précaution, afin de préserver, entre autres, la nécessaire empathie à l’égard des patients.

Anaïs Tessier et Margaux Vuachet