Le cloud gaming, Netflix du jeu vidéo ?

Parmi les nouveaux services de jeux vidéo, le streaming, qui promet une expérience 100% en ligne, tire son épingle. Le principal intérêt, pour certaines offres, est de vous permettre de jouer sur l’écran que vous voulez.

Le 19 novembre 2019, la société Google a fait beaucoup parler d’elle : elle lançait Stadia, son service de jeu vidéo en streaming. Cette plateforme permet de jouer à la demande et en ligne, via le cloud (d’où le nom de cloud gaming). C’est un secteur en constante évolution, où plusieurs acteurs majeurs innovent et s’introduisent sur le marché : le service « Playstation Now » de Sony est sorti en janvier 2019, le « Geforce now » de Nvidia en février 2020… Tous partagent une même volonté : proposer un service complètement dépendant d’Internet, où le jeu vidéo n’est pas géré par une console physique classique mais par un serveur pouvant se trouver à des milliers de kilomètres du domicile des joueurs. L’enjeu est donc de faire consommer du jeu vidéo de manière différente. La console physique classique disparaît et laisse place à un catalogue de jeux en ligne accessible de manière instantanée grâce à un abonnement. Une question se pose alors : les joueurs sont-ils prêts à abandonner leurs consoles physiques pour un service dématérialisé ? Réponses avec le youtubeur Bibi300, auteur d’une chaîne sur les jeux vidéos depuis 2006 (43 900 abonnés).

Que penses-tu du jeu vidéo en streaming : bonne ou mauvaise idée ?

C’est une idée intéressante, notamment le fait de consommer du jeu vidéo différemment, de pouvoir y jouer partout avec n’importe quel support. Le concept est bon, mais on en est seulement au début. Les perspectives d’évolution sont encore floues.

Le cloud gaming peut-il constituer une nouvelle porte d’entrée pour ceux qui ne jouent pas encore aux jeux vidéo ?

Cela va dépendre du public que les principaux acteurs du secteur veulent viser. Le cloud gaming pourrait être une bonne alternative aux jeux sur PC car il permettrait d’éviter l’achat de puissantes cartes graphiques, processeurs… Mais il comporte encore trop de contraintes, et certains clients potentiels pourraient être perdus. La nécessité de s’abonner, les ralentissements liés aux serveurs et la variation de la qualité des jeux selon la connexion font partie de ces contraintes. Or on le sait, la majorité des clients veulent une qualité optimale. Et je ne pense pas qu’ils aient envie  de consommer du jeu vidéo comme des vidéos sur Netflix.

Est-ce la fin du jeu vidéo physique ?

Je ne crois pas que le jeu vidéo physique puisse disparaître complètement. A mon avis, d’une manière ou d’une autre, les joueurs reviendront au jeu physique. L’exemple du jeu vidéo rétro le montre : c’est un marché qui fonctionne très bien aujourd’hui. C’est un signe que le jeu physique a encore sa place. Et puis, il y a un effet de mode aussi. Par exemple, les vinyles que l’on peut retrouver dans les magasins de disques. Pendant des années, plus personne n’en achetait et aujourd’hui, ça revient.

Ce service peut-il exclure les joueurs ne disposant pas d’une bonne connexion, à la campagne par exemple ?

Evidemment, il va y avoir un clivage énorme. Impossible de jouer sans connexion ou avec une connexion mauvaise. Il est important de noter que sans la fibre, il est impossible d’en profiter ! Le jeu vidéo en streaming ne doit donc pas devenir une obligation, mais seulement une alternative. Dans le cas contraire, cela laisserait beaucoup de clients sur le côté.

Selon toi, le streaming pourrait-il détrôner les consoles de jeux vidéo majeures du marché, comme PS4 ou Xbox ?

Je ne pense pas. Mais cela va engendrer du changement, et les consoles de jeux ne seront plus comme avant. C’est comme les téléphones : ce sont des machines qui évoluent beaucoup et s’améliorent avec la dématérialisation. Aujourd’hui, sur console, 57 % des ventes de logiciels de jeux sont dématérialisées. Dans tous les cas, la puissance du cloud gaming va s’améliorer et les expériences seront de plus en plus poussées.

Quel est ton avis sur les services que tu as testés ?

Ça fonctionne plutôt bien. La qualité d’image est bonne, mais ça me dérange de devoir faire totalement confiance à ma connexion. Surtout que je n’aurai jamais la même qualité que sur ma console ou mon PC. Même si c’est une alternative intéressante, je ne passerai pas totalement au cloud gaming : j’ai un bon PC donc je n’en vois pas l’intérêt. Pour le moment, selon moi, ça ne permet pas de profiter pleinement du jeu.

 

En somme, le cloud gaming a bien un avenir, mais il semble difficile de l’envisager comme un service unique. Sans compter qu’il se confronte à une réelle problématique environnementale. On le sait, l’alimentation de tous ces serveurs pollue énormément. Selon l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le secteur du numérique représente 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Gabriel Tiddu