PARCE QUE LE CŒUR À SES RAISONS

Et si l’art oratoire n’était pas réservé aux grandes écoles ? Si des étudiants spécialisés dans le numérique et les réseaux sociaux brillaient eux aussi dans un duel de joutes verbales ? Voilà comment l’art oratoire a franchi les portes de l’IUT de Tours.

Concours d’éloquence à l’IUT de Tours.

Ce jeudi 13 février à 19 heures, une centaine d’étudiants sont réunis dans l’amphithéâtre Berger de l’IUT de Tours. Sur scène, Martin Cluseret livre une plaidoirie co-écrite avec celle qu’il nomme sa plume, Anouk Weill. Martin et Anouk sont tous deux en 1re année d’InfoNum à l’IUT de Tours. Ce soir, ils ont une mission : convaincre l’audience que « le cœur a ses raisons que la raison ignore ». « L’amour, c’est quelque chose qui fait brouiller la cervelle et fait clocher la raison. » Martin et Anouk auraient-ils choisi ces mots de George Sand pour nous envoyer un message subliminal ? N’ont-ils pas eux-mêmes complètement perdu la raison pour oser se mettre en danger devant tout ce petit monde ce soir ? Nous avons suivi le duo d’étudiants pour comprendre ce qui les a motivés à vivre cette éloquente aventure.

J-30 : Un concours d’éloquence à l’IUT

Le 13 janvier, Martin et Anouk apprennent que Jules Liévin, étudiant en master de journalisme, organise un concours d’éloquence et qu’il recherche des candidats au sein de l’IUT. Martin se porte tout de suite volontaire, très emballé par le challenge que ce nouvel exercice oratoire représente pour lui. Anouk, elle, ne se sent pas prête pour se lancer dans une prestation orale, « par manque de confiance », explique-t-elle, et préfère proposer sa plume. C’est ainsi que se forme le duo Martin – Anouk. Alors qu’Anouk pense découvrir une nouvelle manière d’écrire, Martin, lui, espère gagner en confiance et en aisance orale. Leur objectif sera donc de susciter l’attention et l’intérêt de l’auditoire.

J-6 : Tirage sur le thème : « Mon cœur, mon amour »

Pascal a dit : « Le cœur a ses raisons que la raison ignore. » C’est le sujet qui vient d’être tiré au sort pour Martin et Anouk. Ils ont à présent six jours pour préparer leur plaidoirie et défendre le « pour ». Ils sont d’ores et déjà très inspirés, même s’ils admettent que le sujet « ne fait pas tout » dans ce genre d’exercices. Ils découvrent également l’identité de leur contradicteur : un adversaire de taille, car comme le souligne Martin, « cet étudiant en technique de commercialisation suit déjà des cours en expression et communication ».

J-4 : Construction d’une plaidoirie

Nous sommes à 4 jours de l’événement : Anouk et Martin travaillent sur le chantier de leur argumentaire. Lorsque je les questionne sur leur organisation, Anouk insiste bien sur l’aspect collaboratif de leur travail : « Je ne vais pas lui donner un texte que j’aurais entièrement écrit. Cela n’aurait aucun sens. Il faut que cela colle à la personnalité de Martin […] et puis, Martin, c’est un sacré personnage ! ». Pour lui, les échanges d’idées et la collaboration sont « la clé du succès ».

J-1 : « La pression monte »

Ce sont les mots de Martin à 24 heures de l’événement. Sa plus grande crainte ? Le fameux trou de mémoire. Et s’il en est victime, Martin devra à tout prix « trouver le petit truc qui [le fera] repartir ».

Anouk Weill et Martin Cluseret, InfoNum1, participants au concours d’éloquence.

Jour J : Et les grands vainqueurs sont…

Dans l’amphithéâtre de l’IUT, il est 19 heures quand Martin s’avance sur l’estrade. Un peu tendu au départ, il occupe très vite l’espace et finit par transporter le public dans son univers. Le public sourit, il rit, il est conquis. Martin parvient même à déclencher un fou-rire chez un membre du jury lorsqu’il évoque les affres du réseau de transports tourangeau Fil bleu. « Où se trouve la raison quand j’entends […] ‘Je te suivrais jusqu’au bout du monde’, alors que ladite personne a déjà du mal à survivre matin et soir sur la ligne 2 ? » Il a réussi à surprendre sa plume en rajoutant à son argumentaire des phrases qui n’étaient pas prévues – de petites retouches en réponse à son contradicteur – et en fredonnant une chanson de Catherine Ringer : « ‘Les histoires d’amour finissent mal… En général’… Dieu merci y en a quand même pour qui cela fonctionne bien. » Et pour notre duo, on peut dire que cela a bien fonctionné ! Ce n’est plus seulement une prouesse, mais une belle victoire qu’il vient de décrocher. Anouk et Martin sont unanimes : ils ont vécu l’expérience comme un vrai challenge. Celui-ci leur a procuré autant d’adrénaline que de joie, et le partage reste leur plus grande satisfaction.

Retrouvez sa prestation sur Youtube à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=ZJ_ukRJCHiQ 

J+ ? : Le prochain défi ?

Ils sont tous les deux prêts à revivre l’expérience, et même à y ajouter de la difficulté : pour une prochaine fois, Anouk aimerait se lancer dans l’art oratoire et Martin dans l’écriture. Une chose est sûre, leur duo a fonctionné à merveille et le public a été conquis. Pour quelle raison ? Il semble bien que la raison n’y soit pour rien dans tout ça. Et Martin ne mesure pas à quel point il en fait l’écho lorsqu’il prononce ces mots d’Anatole France pour clore sa plaidoirie :

« On n’aime vraiment que lorsqu’on s’aime sans raison. »

Emmanuelle Bonneau